Lycée cantonal de Porrentruy

COURS INTERDISCIPLINAIRE

GÉOGRAPHIE - ÉCONOMIE - DROIT

 

Généralités

Partant du constat que l'analyse de la réalité, des faits, est un exercice complexe qui – pour être complet – requiert l'utilisation d'outils conceptuels empruntés à différentes disciplines, un cours interdisciplinaire en sciences humaines est proposé. Ce cours, traitant d'un phénomène de société, n'a toutefois pas la prétention de traiter ce dernier de manière complète et intégrée mais plutôt de travailler sur deux ou trois de ses aspects – soit le géographique, l'économique et le juridique.

Ces aspects semblent particulièrement appropriés à l'observation de la réalité. Ils permettent d'entrer dans la presque totalité des actuels problèmes de société (ces derniers sont tous intégrés dans un cadre spatial – même et surtout si l'espace a tendance à s'écraser – ; ils ont tous des causes ou des implications dans le domaine économique et s'inscrivent tous dans des cadres juridiques). De plus, ils éclairent ces mêmes problèmes de manière complémentaire et différente : la géographie a pour centre de ses préoccupations la relation entre l'homme et son environnement (écologie), l'économie travaille sur la gestion des biens rares (production et consommation) et le droit organise les règles juridiques dans lesquelles s'inscrivent les activités humaines.

Ce cours est donc construit autour de deux axes méthodologiques :

1. l'enracinement des disciplines utilisées dans un phénomène de société porteur. Cet enracinement permet de rapprocher les éléments théoriques de chacune des disciplines avec les informations reçues par les lycéens/lycéennes; donc de partir d'une connaissance implicite et partielle de problèmes de société pour en faire une connaissance explicite et comprise ;

2. la multiplication des points de vue, des grilles d'analyse ou des théories explicatives. Cette diversité devrait – dans la mesure du possible – se refléter dans les modalités de fonctionnement du cours. A cet effet, il semble opportun que le cours soit donné – pour une même classe – par deux ou trois enseignants. Le fait que chaque discipline soit représentée par un enseignant particulier conduit à une meilleure visualisation des points de vue et donc à une claire multiplicité des approches.

 

Objectifs

Les objectifs généraux de ce cours sont étroitement liés à sa particularité : l'interdisciplinarité ou la multiplication des points de vue sur un même thème. Dans ce sens, l'essentiel de son propos n'est pas de traiter d'un sujet particulier de manière complète ou approfondie, mais de proposer plusieurs analyses complémentaires et/ou contradictoires sur ce même sujet, donc de poser les conditions d'une réflexion critique, base de toute démarche scientifique. Plus précisément, les objectifs spécifiques à ce cours sont les suivants :

1. montrer l'importance de l'interdisciplinarité en proposant, sur un sujet particulier, plusieurs grilles de lecture (qui peuvent être complémentaires ou opposées) ;

2. faire découvrir la complexité de la réalité en développant l'esprit critique par la confrontation de points de vue différents ou par la multiplicité des approches.

Un troisième objectif est à ajouter à ces deux premiers. Il s'agit de la révocation de concepts (notions) déjà vus dans les cours fondamentaux et leur enracinement dans des sujets particuliers (le concept n'est pas, dans le cadre de ce cours une fin en soi, mais il éclaire la réalité).

 

Savoirs

Le choix des thèmes traités est le résultat d'une discussion entre l'ensemble des enseignants des disciplines concernées (géographie, économie, droit). Les sujets abordés doivent être porteurs d'un certain nombre de questions, donc être en phase avec des débats de société pouvant intéresser les lycéens/lycéennes. Ce choix est rendu possible par le fait que les savoirs ne sont pas, comme précédemment dit, une fin en soi, mais plutôt l'opportunité d'une démarche. Remarquons par ailleurs que les thèmes traités ne devraient pas être – pour une raison de temps – plus de deux ou trois.

 

Savoir-faire

Le cours interdisciplinaire n'a pas pour souci premier l'acquisition de savoir–faire particuliers. Il permet avant tout d’évoquer à nouveau un certain nombre d'éléments déjà présentés dans d'autres cours, dans d'autres situations, donc fait appel à des savoir-faire connus. Les savoir–faire suivants lui sont toutefois partiellement spécifiques : 

1. savoir utiliser et exercer des concepts ou modèles théoriques, soit construire des liens entre l'observation de la réalité et la théorie ou, plus largement, savoir placer l'information dans un contexte et la rapporter à des concepts théoriques ;

2. savoir faire appel à la discipline la plus pertinente pour répondre à une question, ou savoir utiliser le modèle théorique adéquat – en restant toutefois lucide sur le fait que chaque modèle est limité ;

3. savoir mettre en relation des cadres théoriques distincts, ou savoir utiliser de manière complémentaire des éléments appartenant à des disciplines différentes ;

4. apprécier la variété des points de vue et savoir les utiliser pour construire une démarche scientifique sur un sujet particulier.

 

Savoir-être

Le cours interdisciplinaire, en raison de ses options méthodologiques – enracinement dans un problème de société et diversité des points de vue – est un cours porteur d'un certain nombre de savoir-être particuliers qui sont :

1. apprécier la complexité de la réalité et des relations que nous entretenons avec elle ou, autrement dit, percevoir cette dernière comme le résultat de jeux d'acteurs et de logiques ;

2. apprécier les explications contradictoires ou différentes d'une même réalité et donc oser aller au-delà de la première solution trouvée. Etre intéressé à aller regarder dans plusieurs disciplines ou tout au moins être conscient qu'il peut exister d'autres grilles d'analyse et être prêt à les accepter. En d'autres termes, refuser une solution unique et cultiver sa curiosité ;

3. prendre conscience que chaque discipline est une construction institutionnelle qui a son histoire, ses règles, ses valeurs, ses intérêts, etc. (ce qui revient à donner par la pratique au lycéen/ à la lycéenne une introduction à l'épistémologie). Elle ne reflète donc pas un point de vue objectif mais se trouve être une construction humaine limitée ;

4. s'autoriser un esprit critique face aux informations reçues ou perçues. En fait, être capable de relativiser un discours, qu'il soit dominant ou non ;

5. prendre conscience de sa citoyenneté et se sentir concerné par les débats de société, donc y participer et ce, de manière réfléchie (savoir que toute action s'inscrit dans un cadre complexe au sein duquel nous avons une place particulière).

 

Evaluation

Le cours interdisciplinaire n'a pas pour objectif principal l'apprentissage par les lycéens/lycéennes d'un contenu mais plutôt celui de savoir-faire et de savoir-être. En conséquence – et vu le peu d'heures à disposition – nous proposons des méthodes d'évaluation appréciant prioritairement ces deux derniers éléments. Voici quelques exemples des modalités d'évaluation proposées :

1. un travail d'analyse personnel d'une ou deux pages. Ce travail a pour base un ou plusieurs documents distribués et il sera guidé par quelques questions. Il est demandé au lycéen/ à la lycéenne de commenter les documents – ce qui implique une maîtrise d'un certain nombre de savoir-faire – mais aussi de les contextualiser et d'en faire une analyse critique ;

2. un travail demandant la construction – partant d'une question – d'un plan ou plus largement d'une démarche et évaluant, entre autres, la capacité à aller chercher les cadres théoriques pertinents et des pistes de réflexion nouvelles. Ce travail pourrait être l'occasion d'un travail de groupe autour d'un outil particulier (par exemple l'organigramme). Un commentaire – oral – pourrait le compléter ;

3. une analyse de situation – se référant au cadre thématique traité – soit l'identification des acteurs et des logiques, ainsi que l'impact des politiques menées dans pareil cadre. Ce travail – en fonction de son ampleur – peut aussi être l'occasion d'un travail de groupe et d'un jeu de rôle ;

4. la recherche par le lycéen/la lycéenne de documents – tirés de l'actualité – illustrant les sujets abordés en classe. Le choix des documents doit – et c'est cela le véritable travail – être justifié et le contexte – y compris le cadre théorique – dans lequel ils s'inscrivent défini ;

5. un travail écrit traditionnel qui – dans la mesure du possible – met l'accent sur un sens de l'observation et la structuration de la pensée.

Les modalités d'évaluation proposées sont des exemples de ce qu'il est envisagé de faire. Ce qu'il est important de retenir, c'est que les travaux demandés visent en priorité à l'évaluation de savoir-faire et de savoir-être et qu’ils empruntent à cet effet un certain nombre de pistes particulières : ils peuvent être personnels ou collectifs, effectués à domicile ou en classe, écrits ou, dans la mesure du possible, oraux.